English version

Voilà, mon séjour au Congo est fini. Cela fait deux ans et quelques jours que je savais que ce jour arriverait. Et le voici tout proche, à portée de main. Alors que s’achève ma mission à l’École Spéciale, il est temps, ce dimanche, de quitter Brazzaville, et de laisser derrière moi le Congo qui m’a fait vivre tant de moments suspendus.

Je suis arrivé ici en sortant d’une année extraordinaire, passée à découvrir 19 pays chacun plus beau, plus intéressant, plus intense que le précédent. Et puis, sortant d’une année de nomadisme, j’ai vécu pendant deux ans sur un seul continent, dans un même pays, dans une même ville. Une expérience à peine entrecoupée de quelques vadrouilles par-ci par-là. Et, paradoxalement, j’ai le sentiment que ces années, tellement plus enracinées, ont tout à fait soutenu la comparaison.

Car, tout au long de ces 751 journées congolaises, j’ai vécu des émotions différentes de celles dont j’ai l’habitude. Je suis habitué au nomadisme, à la découverte, à la solitude : depuis que j’ai fêté mes 18 ans, je n’avais jamais vécu un an au même endroit, pas même dans mon propre pays. Et pourtant, pendant plus de deux ans, j’ai goûté à la stabilité, à l’engagement et à l’amitié, sous toutes ses formes. 

L’École Spéciale un lieu rempli de souvenirs spéciaux 

À l’École Spéciale, j’ai accueilli Serge Ibaka, Yann Arthus-Bertrand et bien d’autres lors de leurs passages au Congo. J’ai organisé, et savouré, de fantastiques fêtes de l’école. J’ai vu naître une nouvelle école annexe, la Case Vincent, et contribué à ce que des réalisations des ateliers de formation se retrouvent aux quatre coins de la ville. 

Enfin, j’ai eu la divine surprise, un après-midi d’octobre, d’apprendre qu’un projet que j’avais travaillé en 48 heures-chrono avait, finalement, été validé, et financé par l’Ambassade de France au Congo. Quelques semaines plus tard, de nouvelles machines, des équipements de sécurité et des stocks de matières premières sont présents, dans les ateliers de formation de l’École Spéciale, pour me remémorer ce bel accomplissement

Dans la capitale, j’ai vécu de magnifiques moments, semaine après semaine, week-end après week-end. Des journées passées sur des bancs de sable, au milieu du fleuve Congo. Sans compter les soirées endiablées dans les VIP les plus inattendus de la ville. 

Des ambiances délirantes devant des matches de foot vécus tellement plus intensément qu’en France. Et des randonnées loin de la pollution urbaine, dans les collines ou au bord du fleuve. Ajouté à ça, des moments posés sur d’agréables chaises en plastique disposées au bord de la route, à profiter du temps qui s’écoule.

Et, loin de Brazzaville, j’ai découvert l’immense forêt équatoriale du grand nord, les magnifiques villages au bord du fleuve Congo, le calme et la simplicité des escapades en brousse, la beauté naturelle de parcs nationaux préservés, car presque dépourvus de touristes.

Ces émotions, je les dois à des amis, de vrais amis comme on n’en a que chez soi. Sylvie, Chris, Stefanie, Juste, Etienne, Zara, Julie, Kandza, Célina, Cyril, Marty, Pierre, Weilfar, Mathilde, Cyprien et tous les autres, vous allez terriblement me manquer.

Sérieux je quitte le Congo, mais certains disent que je bluffe. 

Que le week-end qui vient ne sera pas mon week-end de départ. Que, comme tant d’autres, je reviendrai, car la vie m’incitera à revenir à Brazzaville. Je peux les croire. Mais je n’en ai aucune idée. Cette ville est pleine de mystères. Comment concevoir qu’au cœur d’une capitale marquée par tant de coupures d’électricité, tant de problèmes d’eau, tant d’érosions, de maladies, de gabegie politique, la vie puisse être si douce ?

Alors oui, à mon retour en France, l’électricité sera bien présente. La chaleur ne m’étouffera pas. Il me suffira d’ouvrir un robinet pour voir couler de l’eau. Je serai peu malade, et, si jamais j’ai un pépin de santé, je serais bien soigné. Mais le bonheur ne se trouve pas uniquement dans les routes, les trottoirs, les hôpitaux et les lampadaires. 

Et, au milieu du développement et de la richesse, il me manquera toujours la douceur de vie brazzavilloise, le calme grandiose des rives du fleuve Congo, l’ambiance formidable des bars de rue de Bacongo, le bourdonnement démesuré des boutiques de l’avenue de la Paix.

Investi dans ma mission pendant la journée ; rigolard et sociable le soir  

J’ai aimé être celui que j’ai été à Brazzaville. Je me suis senti bien à ma place, dans cette mission passionnante comme dans cette existence tellement informelle. Le rapport direct aux choses, la facilité des relations avec les gens vont me manquer. 

En France, on ne peut pas boire une bière à 500 Francs, dans un bar improvisé en pleine rue, en regardant un match de foot. On ne peut pas être embauché en tant que Père Noël, dans un centre commercial, alors que l’on est tout jeunot, et à moitié imberbe. En France, on dit de se méfier des inconnus ; tant pis pour ceux qui se disent qu’au fond, un inconnu n’est jamais qu’un ami que l’on n’a pas encore rencontré…

Alors, à quoi bon m’en aller ? Je suis à ma place ici. Je le sens. Tout le monde me le dit. J’ai vu tant d’amis partir, sans jamais partir moi-même. Jennifer, Thomas, Louis, Marguerite, Mégane, François, Jean, Camille, Jean-Luc, John, Pauline, Nolwenn, Paul, Thibault, Antoine, Monie ont dit au revoir à Brazzaville ; chacun m’a manqué. 

À chaque fois, je suis resté, me transformant peu à peu en grand dinosaure du Congo. Me transformant même en Congolais, disent certains. Et pourtant, je prends l’avion à la fin de cette semaine.

Après deux ans au Congo, ma mission arrive à son terme

Mais ai-je seulement le choix ? J’ai fait de mon mieux ; et je suis persuadé que Cyprien, mon successeur, sera capable de choses formidables pour cette belle École Spéciale. 

Rester au Congo, mais pour y faire quoi ? Je ne vois aucun autre poste, ici, qui m’attirerait autant que cette mission de volontariat, je ne trouve pas d’alternative Brazzavilloise à l’École Spéciale. Je ne veux pas rester ici, sans rien à y faire, sans but dans la vie. J’ai envie de croire qu’il vaut mieux partir trop tôt que trop tard.

En attendant, je rentre à reculons. Je n’ai pas hâte de revoir la France. Kevin, le gardien de l’école, s’en amuse. Quel paradoxe ! Je suis un Français inquiet à l’idée de retourner en France, car désireux de rester en Afrique. Tant d’Africains, eux, rêvent d’atteindre la France, et feraient tout pour quitter ce continent. 

Heureusement, je sais que rien ne m’empêchera de revenir si j’en ressens trop fortement le besoin. Et je n’oublie pas que mon Visa est encore valable pour plus d’un an, au cas où…

Merci à ma famille et à mes amis de France

En attendant, merci à ma famille et à mes amis de France, qui ont su garder contact malgré mon manque d’entrain, parfois, à donner et à prendre des nouvelles. Merci, car c’est vous qui me rappelez qu’à mon arrivée, j’aurai de chouettes personnes à revoir, et de beaux moments à vivre. Je le sais d’autant mieux que vous me l’avez bien rappelé quand, l’an passé, j’ai revu l’hexagone à l’occasion de mes congés, et que j’ai passé des moments extraordinaires avec vous.

En attendant de prendre l’avion, ne me reste plus qu’à profiter à fond de ces dernières journées d’une formidable existence congolaise. Mon week-end de départ s’annonce épique. J’espère bien croquer dedans à pleines dents. Je ne veux pas que l’émotion me rattrape en cours de week-end ; je veux juste vivre des moments extraordinaires, avec des gens auxquels je tiens. J’aurais tout le temps, au retour, d’être nostalgique.

La suite ? C’est le grand flou

Dans un an, je peux espérer travailler dans une ONG d’Asie du Sud-Est, ou bien vivre de petits boulots au fin fond du bush argentin, voire même évoluer dans l’une des rares structures dont, au Congo, les programmes m’intéressent. Je n’en ai aucune idée. Cela a un côté un peu stressant. Ou exaltant. Je ne sais pas. La vie a plus d’imagination que moi, dit parfois mon beau-père. Je sais combien il a raison.

Vis comme si tu devais mourir demain, mais apprends comme si tu devais vivre à tout jamais, disait Gandhi. J’ai fait de mon mieux tout au long de ces deux ans. Et ce n’est pas un banal billet d’avion qui m’empêchera de continuer dans cette voie.

On est ensemble.

English version