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Mboté et (re)bienvenue sur le Niochi ! Dans cet article nous vous racontons le monde assez bruyant des transports en commun au Congo. Animé par les contrôleurs de bus privés, en première ligne. Soyez prêts, vous allez en raffoler.

Des hommes, devant les arrêts de bus ou parking de bus, grouillant de foule aux heures de pointe aux artères des villes capitales, criant dans l’espoir d’être entendus à plus de 10 km pour informer du trajet, avec toute bonne énergie, essayant de mimer comme pour convaincre les clients à monter à bord de leurs bus :

« La ville – La Gare – Poto-Poto », « CCF – Total – Bifouiti – Pont du Djoué » « Mampassi – Koulounda – La Tsiémé – Mikalou », à Brazzaville ; « Tchystère – Grand Marché – Barrage – Port Autonome  », « Siafoumou – Fond Tié-Tié » ; « Patra – Fond Tié-Tié – La mer » à Pointe-Noire. Ne soyez pas pressés de sauter dans le premier bus avoir un siège sans faire attention au message clé : « 1000f, 500, pas de monnaie ».

Ces hommes sont les contrôleurs de bus

Que ce soit une Toyota Hiace, Coaster, Picnic ou des cent-cent (taxi de mauvaise qualité qui très souvent couvrent des courtes distances). Chacun de ces moyens de transport a sa particularité. Ainsi le Coaster, beaucoup plus à Brazzaville, est le plus gros véhicule de la chaîne pouvant transporter entre 30 et 36 passagers fait les plus longues distances, et parfois le véhicule comprend une climatisation. On est bien à Brazza. Les Toyota Hiace, on les trouve pratiquement dans tous les quartiers de Brazzaville et de Pointe-Noire. 

Les Picnic sont un modèle récent comprenant quelque 9 places. Les taxis souvent pas en bon état se voient être transformés en cent-cent. Les Picnic comme les cent-cent ne sont pas forcément très confortables. Souvent le conducteur ne maitrise pas le code de la route et peuvent s’arrêter au milieu de la route pour prendre des clients.

Alors, c’est qui le contrôleur de bus

Les contrôleurs de bus sont parmi les acteurs les plus incontournables du quotidien au Congo. Il encaisse de l’argent auprès des passagers et rend la monnaie. Le contrôleur fait descendre les passagers du véhicule selon leurs arrêts et en prend d’autres.

Il doit, à la fin de chaque journée, verser auprès de son employeur, le propriétaire du bus, une certaine somme appelés communément ici, recette. La recette varie en fonction de la taille du bus. Le versement journalier oscille entre 25.000 fcfa et 100.000 fcfa, soit 43 et 170 dollars selon la capacité du bus.

Dans ce même élan, les contrôleurs de bus doivent doubler d’efforts, s’ils souhaitent se retrouver avec leur propre recette à côté de celle de l’employeur. C’est une sorte de pourboire quotidien auto versé, dans le jargon des transporteurs « Madesu ya bana », traduit littéralement en français « les haricots des enfants » de quoi nourrir sa famille ou prendre une bière dans un n’ganda.

Tous les arrêts de bus ne sont pas forcément aménagés au Congo. Cependant ils sont calculés en fonction d’une certaine distance, surtout dans les zones périphériques de nos villes.

Le monde de transport en commun, un univers complet

Le monde de transport en commun, un univers complet. Source

Les transports en commun jouent un rôle d’institutions sociales. C’est tout un monde.

On se crée des amitiés. On s’entraide. Si par maladresse vous n’avez pas votre porte-monnaie, et qu’il n’y a personne pour payer votre trajet, gars, c’est mort pour vous. Le niveau de mal parlage (comme aurait dit un Ivoirien) que vous allez recevoir du contrôleur, vous risquez de vous poser des questions existentielles comme : « Pourquoi je suis né ? Pourquoi j’existe ? ». Rires.

On se drague. La majorité des filles détestent ça.

On se partage la parole de Dieu. Vous savez, les frères du Message et les Témoins de Jéhovah. Merde, les gars ne sont pas encore prêts pour nous lâcher.

Et nous nous retrouvons. Nous écoutons la musique, nous rions des blagues partagées spontanément.

Le bus c’est aussi un lieu de relais de radio trottoir.

Surtout quand le conducteur appelé ici « chauffeur de bus » ou plus couramment « mopila », semble secrètement engagé en politique. Je dis ça, je ne dis rien.

Vous rencontrerez des contrôleurs très drôles et créatifs. A Brazzaville, il y en a un, à l’arrêt de bus du rectorat, le carrefour des étudiants, faisant expressément modifié le cri avec une bonne dose d’humour « Zala zala kondos » à la place de « Moukondo Mazala ». Il y en a un autre qui crie en anglais. Celui-là fait souvent la ligne desservant Mikalou-Ngamakosso, des quartiers populaires au nord de Brazzaville : « I go to Rue Ndolo, Mboualé, Ngamakoss ». En réalité, le quartier porte le nom de Ngamakosso mais qui devient « Ngamakoss » en anglais. Sourire.

Pour preuve de créativité, le refrain de la chanson « Piano man » de la chanteuse américaine Brandy, « Play a song for us Mr. Piano Man » en vogue lors de sa sortie a été transformé en ces termes : « CCF – Total – Bifouiti – Pont du Djoué ». Ces gars nous partagent leur bonne humeur, et nous leurs sommes reconnaissants.

Influence des contrôleurs de bus sur l’atmosphère des villes 

Influence des contrôleurs de bus sur l’atmosphère des villes
Influence des contrôleurs de bus sur l’atmosphère des villes. Source

Les contrôleurs de bus sont aussi des champions de demi-terrains.Un demi-terrain est une expression connue dans le jargon des congolais pour dire que le bus ne fait pas la distance initiale établie par les régulateurs. Il faut dire que les contrôleurs sont très réactifs et n’attendent pas moins. Fortes pluies, routes englouties, tarifs demi-terrains. Routes bloquées en raison des manifestations politiques, tarifs démi-terrains. Durant certains moments particuliers comme la paie, la rentrée des classes, les fêtes de fin d’année, tarifs demi-terrains.

Les bus de transport en commun influencent énormément sur l’atmosphère de nos villes. Et quand il y a peu de circulation de bus, en cas de pénurie de carburant ou en période exceptionnelle comme les élections, nos villes sont fades. Le vert et le bleu. Ces deux couleurs vous expliquent respectivement Brazzaville et Pointe-Noire. Dolisie est rouge, Nkayi est jaune, Oyo est orange, et Ouesso, marron. A la sortie du confinement, beaucoup de congolais ont avoué que les bruits des contrôleurs de bus leurs avaient manqué. Rires.

La place de la femme dans le circuit

Jusque-là, les femmes sont très peu intéressées par ce secteur qui ne tient pas la côte auprès des familles. Exercer le métier de contrôleur de bus signifie pour la plupart avoir raté sa vie. C’est pourquoi beaucoup de gens les prennent de haut. Parfois lors d’une dispute avec un contrôleur, la personne s’exprime systématiquement en français comme pour montrer son niveau d’instruction. Au Congo, on considère le fait de bien s’exprimer en français comme une preuve d’instruction. Comme si être contrôleur de bus signifie indubitablement, être moins instruit. Anyway, il y a des contrôleurs charismatiques. Rires.

Et si un jour, vous venez au Congo, le meilleur tour de la ville, c’est à réaliser à bord d’un bus de transport en commun. Vous auriez appris sur les Congolais, sans vous faire raconter !

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